Très beau livre au demeurant ,il nous raconte une page d'histoire peu connue :la grève des cheminots au Mali en 1947. Car n'oublions pas qu'à cette époque le mali faisait partie de l'Afrique occidentale française. Je vous en ai vaguement parlé dans un précédent article ...voilà quelques lignes supplémentaires. La France avait du mal à se relever après la guerre de 1939-1945 : les caisses étaient vides , les greniers aussi car les récoltes avaient été mauvaises, la crise se faisait sentir dans toutes les couches sociales, des familles se retrouvaient sans homme à une époque où la femme ne quittait que rarement le foyer pour "gagner sa vie" .... Mais la métropole n'avait pas été la seule touchée par la guerre; les colonies et protectorats avaient aussi fait cet effort de guerre que l'on demandait et pour ces pays où le blanc disons le était bien mieux payé que la personne de couleur là aussi on souhaitait du changement. Le mali avait gagné la guerre comme nous , mais leur misère était toujours aussi grande et leur différence de statut , malgré leurs hommes morts au combats( + l'effort de guerre par les denrées envoyées en France , et pour le travail en usine pour le matériel nécessaire aux combats) ,n'avait pas changé. Dans les colonies on avait privilégié les cultures de certains produits plutot que d'autres , il fallait beaucoup de caoutchouc par exemple pour les vehicules militaires ...et les pays s'étaient retrouvés avec des terres cultivables utilisées pour autre chose que les denrées habituelles:sorgho ,mil etc... Rappelez vous de l'épisode tragique du camp de THIAROYE , dont un temps j'ai pu vous proposer le film tourné par oumane Sembene et que, malheureusement pour ceux qui ne l'ont pas vu, Dailymotion a retiré de ses pages et ne peut qu'être acheté (cliquer ici ,ce n'est pas un partenaire du projet "ecoliers du cote de gao" mais je vous donne quand même le lien!!)
Retrouvez mes articles sur les tirailleurs sénégalais et le film de bernard Simon .N'oublions pas que ces hommes ne s'enrôlaient pas toujours par conviction ou choix mais étaient "pris" dans les villages comme autrefois on le faisait des marins dans les ports! En France après la guerre l'activité reprend, le syndicalisme se fait plus criant , on le retrouve dans la construction et réparation navale , sur les ports chez les dockers, dans les services maritimes et la sncf, les huileries,les usines de métallurgie ... Les uns entrainent les autres et les grèves se multiplient.
Ousmane sembene s'est éteint en 2007(le 9 juin) mais il laisse derriere lui des pages d'histoire écrites ou filmées comme lui seul savaient les exprimer .Pour lui le cinéma ne devait pas être un seul divertissement , le camp de Thiaroye dont j'ai parlé plus haut nous le montre bien .Ses écrits aussi , sont des pages de vie . Il y aborde des sujets brulants comme dans "les bouts de bois de dieu" . Son écriture et sa façon de filmer ont la lenteur parfois de la vie africaine .Ne dit ont pas là bas "vous avez la montre ,j'ai le temps " . Cette nonchalance qui est peut être un peu pesante pour des européens qui courent après le temps nous met vraiment dans le bain de la manière de vivre là bas .
ousmane SEMBENE est né le 8 janvier 1923 à Ziguinchorau Senegal . il était français car né dans une des 4 communes du senegal (source ici) A 12 ans , il quitte l'ecole pour se retrouver face à une vie riche d'expériences : il fera mille métiers , sera docker comme journaliste, connu du monde entier pour ses livres et films , ...
Adolescent il croise des syndicalistes qui lui expliquent leur idées de la société, il gardera en lui cet "enseignement" : fervent communiste ,il teinte largement certains de ses écrits par ses pensées politiques. En 1942 il est appelé sous les drapeaux dans la compagnie des tirailleurs sénégalais (à verifier) Après l'épisode de la greve des cheminots en 1947 dont il tirera le roman les bouts de bois de Dieu, rare livre qu'il n'ait pas porté à l'écran, il part en France comme clandestin . Il adhere à la CGT et au Parti communiste français, milite contre la guerre en Indochine et pour l'indépendance de l'Algérie. C'est vers les années 60 que le cinéma le tente ,il part en ex URSS pour y apprendre le métier pendant une année. Quelques mois avant sa mort à Dakar il reçoit la légion d'honneur en France
...... ses livres et films sont nombreux , certains ont plus fortement marqué le public comme par exemple Mooladé 2004 au festival de cannes en 2004
le camp de Thiaroye malgré un très bon casting n'a pas connu de succès (à verifier mais je crois qu'il a été interdit en France comme le fut en son temps le film retraçant une page noire de la guerre de 14-18: le pantalon)
>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>> LE LIVRE
L' Afrique est à la croisée de deux époques , c'est encore la tradition qui veut que "les plats en fer affaiblissent la virilité des hommes" ou les gris gris dans les cheveux de Ad'jibid'ji adorable gamine . Nous sommes à Bamako et cette première partie du livre ,est la mise en place des personnages et de ce qui va les souder ou les séparer : la grève . Ils sont cheminots, sur la ligne qui joint Dakar à Koulikoro au soudan français et qui traverse des terres ancestrales que la compagnie s'est appropriée... Ils font partie du peuple noir ,cela marque toute la différence chez ces employés du chemin de fer , entre les salaires et les droits sociaux des uns et des autres. Nous croisons les protagonistes que nous allons apprendre à connaitre au fil des pages : Niakoro, vieille femme qui a toujours un regard vers le passé, quand les jeunes écoutaient les anciens, elle habite dans la concession de son fils Ibrahima Bakayoko, fervent syndicaliste militant, avec sa belle fille Assitan et Ad'jibid'ji ,une gamine bien plus interessée par les palabres des hommes sur les prochaines grèves que par la lessive, les courses ou autres travaux ménagers. Après Bamako nous voilà à Thies autre creuset de grévistes. Là se trouvent les ateliers des chemins de fer , et les familles vivent pour la plupart dans un dénument presque total au milieu d'un paysage apocalyptique en certains lieux ,avec un air chargé des fumées du charbon ...(ne les appelait on pas les "gueules noires" en France)
Le récit est parsemé de mots ouolof , bambara pour lui garder toute son authenticité , nous rappelant ainsi que le Soudan d'autrefois, comme le Mali et le Sénégal d'aujourd'hui , sont un melting pot d'une multitude d' ethnies ( peulhs, berbères ou touareg, bambara etc..) et que le français n' était utilisé que par une certaine partie du peuple et certainement pas des femmes .
....à suivre
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vous avez des renseignements sur l'epoque dont parle le livre , vous connaissez exactement les revendications des grevistes et ce qu'ils ont obtenu . vous connaissez la vie des cheminots en france ou au soudan à cette même epoque merci de nous faire part de votre "savoir"
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